A propos

Espriméthéen rend compte de mes recherches pour traquer l’esprit prométhéen à travers ses inventions, ses acteurs clés, ses incarnations et ses prophéties.

C’est un blog, avec son flot d’articles auquel s’ajoutent plusieurs onglets :

dans TRAVAUX, vous trouverez différentes approches pour rendre visible la traque,

dans RESSOURCES, sont répertoriés de nombreuses pages web qui donnent une cartographie subjective de l’esprit prométhéen version 2.0

Bonne visite

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«Élucider les principes qui animent les stratégies à l’œuvre ne suffit certes pas à en annuler les effets, mais c’est là sans doute l’une des premières conditions pour pouvoir y résister ou y survivre  : saisir précisément ce que les tortionnaires cherchent à rendre insaisissables, à savoir leur intentionnalité  »
Grégoire Chamayou, préface de Kubark, édition Zones

Notre mémoire en forme dystopique

Nombre d’entre nous a entendu l’histoire de ces classes à qui on racontait que nos ancêtres étaient ces débonnaires Gaulois. Que ce soit moi, blanc et français bon teint depuis des générations, qu’il l’entende, soit.
Mais que ce soit des enfants africains, vivant sur des territoires christianisés, colonisés et pillés, c’est un parjure. Une manière de faire vivre des peuples entiers à côté d’eux mêmes, sur un territoire qu’on aurait brûlé puis artificiellement reboisé.
Une totale dystopie. Un enfer mémoriel.
Car l’Histoire ici est l’instrument de la dénégation de l’Histoire. Ce n’est plus l’outil pour cartographier le monde mais celui pour dominer le sens à lui donner.
Suivant cet impératif du pouvoir de ne surtout pas enchanter le monde mais de le synthétiser pour ces propres besoins, j’ai compris que l’Histoire n’est pas ce monolithe que nous apprend le système scolaire mais une arborescence infinie d’histoires venant de sources infinies. Le monde tout à coup s’est épaissi et dans cette épaisseur résidait une exhortation à prendre sa part.
C’est notamment la lecture d’Idéologie et Pouvoir de Noam Chomsky qui fût un déclencheur car toute la description qu’il y fait de la politique extérieure des Etats-Unis au 20ème siècle remettait en cause ce que j’avais fraîchement appris au lycée. D’un état exemplaire, il se transformait sous l’insubordonné regard de Chomsky en un état criminel.

J’avais vécu en dystopie.

Ce n’était ni tromperie ni mensonge par omission mais bien de pouvoir dont il s’agissait.
Ce fût un déclencheur disais-je car il fallait à ce jour se méfier et, plongé malgré moi dans le vacarme du monde récité, débusquer des voix qui résonneraient en moi.

Une archéologie de l’esprit prométhéen

Dans la seconde moitié du XXème siècle, période de reconstruction en Europe, avec le génie génétique, commence une période entièrement nouvelle. L’homme peut manipuler les génomes et fabriquer de nouvelles molécules en quelques années. Il peut aussi se détruire lui-même d’un seul coup par la bombe atomique, ou modifier le cycle de la vie et de la mort des cellules. C’est un temps neuf qui change radicalement le rapport à la vie et à la mort. Les possibilités d’administrer des chocs vitaux ou mortifères se multiplient.

Secrètement, à partir de 1953, la CIA finance un programme : le MK- Ultra (1), dont le but est d’expérimenter sur le vivant des techniques de contrôle mental. Dans ce cadre, un psychiatre états-uniens, le Dr. Ewen Cameron, est recruté parce qu’il est l’auteur d’une théorie sur la “conduite psychique”, parue dans l’American Journal of Psychiatry. Son idée est d’effacer la mémoire d’un sujet dit fou, pour reconstituer complètement une psyché. Après avoir fait “page blanche” du cerveau, il dispose d’un espace libre sur lequel re-programmer une mémoire. Ses moyens sont simples : électrochocs à haute dose, injections de nombreuses drogues, privation sensorielle et écoute en boucle (jusqu’à 101 jours) de bandes sonores répétant les mêmes injonctions. Sous les mains de Cameron, l’esprit se mécanise pour se transformer en disque-dur. (source : La stratégie du Choc (2), Naomi Klein)

A la même époque, pas si loin de là, le modernisme en art trouve peut-être son aboutissement avec le White Cube : cet espace de monstration de l’art fait aujourd’hui autorité, et n’a jamais pu être complètement remis en cause. Dans cet espace artificiel, saturé de lumière et pourtant sans ombres, la perception est déplacée de la vie vers les valeurs formelles.
L’individu qui y pénètre devient, dès le seuil franchi, un spectateur. “Il se penche et scrute, avec un peu de gaucherie (…) se lève et s’assoit sur commande, s’allonge et même rampe” (White Cube, l’espace de la galerie et son idéologie, Brian O’Doherty (3)), malgré lui, parce qu’on lui aura dit. Son corps se raidit, sa colonne vertébrale se redresse, ses mouvements ralentissent. La solennité qu’exprime son corps est l’incarnation induite par le caractère sacramentel du White Cube.

Ces 2 projets, MK-Ultra et le White Cube, n’ont a priori rien de commun si ce n’est leur simultanéité dans le temps : ils se développent et s’imposent dans les années 50.

Pourtant, à y regarder de plus près, les récits qui leurs sont accolés ont un champ lexical commun : le blanc de la page blanche et du White Cube, l’absence de mémoire répondant à l’absence d’ombre, l’électrochoc et l’éclairage électrique au néon, la mise en boîte des corps et de l’art (leurs objectivations), la recherche de l’Idéal, d’une forme galvaudée du sublime, la modernité, le standard, le cube blanc comme à la fois la salle de traitement, d’enfermement, de privations et la galerie d’art (le lieu du marché notamment)…

Hasard ou coïncidences ?

Je choisis la seconde option, m’autorisant, l’espace de ce blog, la qualité d’historien amateur. Après tout, il n’y a pas une Histoire, mais bien une multitude de récits que d’aucuns, ponctuellement, discriminent pour garder l’impression que l’histoire se dirige dans le même sens en n’étant que le produit de grandes figures.

L’histoire est réminiscences, tantôt souterraine, tantôt populaire, elle est kaléidoscopique. Alors, chacun en fait partie et chacun y prend part, produit à la fois des mondes dans lesquels nous vivons et produisant dans le même temps ces mondes.

Coïncidences donc…

Y’aurait-il un même esprit qui guiderait ses projets ?

Je le crois et je le visualise comme une source qui irrigue l’être occidental de toutes parts. C’est un esprit emprunt de démesure et qui comme Prométhée, entend dépasser Dieu alors même qu’il vient de le créer. C’est une hydre aux multiples visages, un spécialiste du camouflage, un esprit qu’il faut traquer tout autant qu’il s’immisce dans nos vies. Car il es dangereux.
Son caractère principal est la dissociation et l’appel, en tous temps et partout, à la rationalité. C’est un esprit qui classifie, qui ordonne, qui calcule. Il discrimine et verticalise le monde et les sociétés humaines. Il réifie et normalise. Ce n’est pas un esprit menteur, il fait partie de l’éventail des possibilités humaines, mais se rendant exclusif par l’auto-citation permanente, il n’excite que la raison.
Il est donc partial et partiel.

(1) MK-Ultra a donné lieu à la rédaction d’un manuel intitulé KUBARK et qui est officiellement destiné à former de bons interrogateurs, il est en réalité un précis d’une torture efficace : fr-CIA_KUBARK_Counterintelligence_InterrogationJuly_1963-part1of3 fr-CIA_KUBARK_Counterintelligence_InterrogationJuly_1963-part2of3 fr-CIA_KUBARK_Counterintelligence_InterrogationJuly_1963-part3of3

(2) La stratégie du Choc, Naomi Klein

(3) White Cube, l’espace de la galerie et son idéologie, Brian O’Doherty (pour en savoir plus sur cet ouvrage, voir la conférence de Patricia Falguières)

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